Gustave Aimard - Coeur de panthère стр 4.

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 Décidément, dit à haute voix notre voyageur; décidément, il a le goût du romantique, cet ermite enragé! Sans quoi, jamais il naurait choisi pour habitation un pareil site. Cest égal, son nom ne répond pas à la qualité de son logis. Old John!.... est-ce un nom assez vulgaire!.... Quoiquil en soit, cest un homme étrange, et sur lequel les Settlers de la plaine nont pu me fournir aucun renseignement.

Ces dernières paroles du monologue furent adressées au cheval, qui, ny comprenant pas grandchose, ny répondit rien, comme son maître pouvait bien sy attendre.

A ce moment, lhomme et son coursier atteignirent la petite clairière où était bâtie la cabane:

 Que voudriez-vous donc savoir sur son compte? demanda soudainement une voix très-proche et qui semblait sortir dun gros arbre.

En effet un vieillard apparût, soulevant un grand lambeau décorce qui cachait la cavité du tronc vermoulu.

Le jeune voyageur surpris, tressaillit et fixa des regards curieux sur son interlocuteur. Cétait un homme de haute et puissante stature; aux yeux noirs voilés par dépais sourcils grisonnants; à la longue chevelure blanche tombant en désordre sur ses épaules; à la barbe épaisse, rude, pendante sur sa poitrine, digne en tous points du reste de sa personne.

Sa voix était basse, un peu voilée par une expression mélancolique, mais ferme et vibrante comme celle dun homme accoutumé au commandement.

Sans bien se rendre compte des sentiments qui lagitaient, le jeune homme resta quelques instants sans répondre.

Le vieillard remarquant son hésitation lui dit:

 Vous avez amené par ici un trop bel animal: cest dommage de sacrifier une aussi superbe bête aux griffes des Legyos.

 Je ne vous comprends pas.

 Aôh! Legyos; ce mot vous est inconnu?

 Entièrement: cest la première fois que je lentends prononcer, et javoue que jen ignore parfaitement la signification. Dans tous les cas, je serais désolé quil arrivât malheur à Dahlgren.

 Bien! bien! je comprends: cest le nom que vous donnez à votre cheval. Alors, si vous vous intéressez à lui, empêchez-le de séloigner.

Le jeune homme se retourna vivement; Dahlgren, quil avait négligemment attaché à une branche darbre, sétait rendu libre et se dirigeait vers la lisière du bois.

Après lavoir ramené, le voyageur passa la bride autour de son bras pour ne plus le perdre de vue, et reprit la conversation:

 Je crois bien quil ny avait pas grand risque à laisser la pauvre bête se rafraîchir un peu, avec lherbe tendre, de sa course matinale; néanmoins je préfère lavoir sous la main.

 Vous faites prudemment, car au bout de cinq minutes il aurait disparu; et pour le retrouver il aurait fallu laller demander aux Legyos.

 Encore les Legyos!

 Mais oui: vous ne savez donc pas que cest le nom indien des assassins, des brigands nocturnes?

 Ainsi, vous croyez quils auraient mis la main sur mon cheval?

 Sans doute: vous ne vous y attendiez guère, il me semble?

 Ma foi! non, je considère même vos appréhensions comme mal fondées: dans mon opinion, les Sauvages ne se sont pas aperçus de mon passage dans la vallée.

 Excusez-moi, jeune homme; vous êtes fou.

 Excusez-moi, vous même, sir: je ne suis pas accoutumé à mentendre qualifier ainsi, je ne puis permettre cette licence à personne.

 Vous préférez agir à votre guise, je suppose?

 Non, sir! Lorsque je serai certain que nous sommes amis, je profiterai de vos avis. Mais je persiste à repousser la qualification dont vous venez de me gratifier.

 Eh bien! je vous demande pardon. Vous savez que la vieillesse a des priviléges.

 Vous parlez courtoisement, sir; je vous octroie un plein et entier pardon.

 Pourquoi êtes-vous venu seul? demanda le vieillard en interrogeant son visiteur du regard; il nest sain pour personne de traverser cette vallée sans escorte, encore moins pour un cavalier bien monté et qui porte luniforme de larmée des États-Unis.

 Je nai pas eu le choix de faire autrement. Permettez-moi une question, sir. Nest-ce pas vous qui êtes connu sous le nom de John lermite?

Le vieillard baissa la tête et demeura quelque temps silencieux. Pendant cet intervalle un frisson parut le faire tressaillir, sa poitrine comprima un soupir demi-étouffé.

Le jeune voyageur le regardait avec un intérêt sympathique, tout en se demandant quel terrible événement avait pu pousser cet homme à vivre dans cette obscure et triste solitude. Un moment il regretta ses dernières paroles, craignant quelles neussent ouvert involontairement quelque plaie mal cicatrisée dans lâme du pauvre ermite.

Il avait beaucoup entendu parler de ce Vieux John: on le dépeignait comme un homme étrange, mais bon et pacifique. Les Sauvages en avaient une crainte superstitieuse: ils lui attribuaient une puissance surnaturelle, et napprochaient jamais de sa cabane; ils nosaient même saventurer sur la colline où elle était bâtie.

Les causes de son existence isolée et triste étaient ignorées; était-ce le remords, était-ce le chagrin? Personne navait jamais pénétré ce mystère. De lavis des Settlers qui avaient fait au Solitaire quelques rares visites, ce devait être un homme pieux, car ils lavaient trouvé en prières. Tout ce quon avait pu deviner cétait que sa mélancolie se reportait à des scènes lointaines dans son existence, et quil sétait exilé dans cette solitude pour fuir des lieux témoins dun bonheur perdu.

Après un long silence, le vieillard releva la tête, et répondit à la question du jeune homme:

 Oui je suis le viel ermite pour tous ceux qui me connaissent un peu. Cependant je ne suis pas un anachorète, un reclus, comme vous paraissez le croire.

Le jeune homme promena ses regards autour de lui, comme pour chercher les compagnons qui partageaient la solitude du vieillard.

Ce dernier lobservait en souriant:

 Non, poursuivit-il, vous ne verrez ici ni femme, ni enfants, ni famille; et pourtant je ne suis pas seul: regardez bien autour de vous; quaperçoit-on?

 Pas grandchose, si ce nest le désert sombre; la vallée; la montagne: toute cette nature est belle et grandiose, mais monotone. Là bas, la rivière étincelle au soleil; à la longue, ces reflets fatiguent, ce sont toujours les mêmes.

 Oui! oui! enfant! Cette région ressemble à son Créateur, elle ne change jamais. Cest bon, bien bon! ce qui ne change pas. Vous aimez la nouveauté, jeune homme? regardez-moi: jai été jeune comme vous, mais jai changé. Ma vie a changé encore plus que ma personne. Vous êtes heureux maintenant; eh quoi! voudriez-vous changer? pour avoir quoi? du malheur? Gardez-vous de devenir indifférent aux bienfaits dont vous a comblé la Providence: faites comme les oiseaux de ces forêts; ils sont toujours contents et ne changent jamais. Voyez ce miroir argenté de la rivière; toujours le même lit paisible, les mêmes ondes murmurantes, la même fraîcheur enchantée. Depuis bien des années je la contemple, je laime, je rêve au bruit de sa voix immense; elle na pas changé: la trouvez-vous moins belle pour cela? Jeune homme! Dieu vous garde davoir à regretter ce qui était, mais qui nest plus!

 Votre langage, sir, conviendrait à peindre une existence pleine déclat, de jeunesse, de félicité: mais il y a des cas, où je suppose que le changement serait bon et désirable. Prenons votre position elle-même pour exemple: croyez-vous que rien ne pourrait la rendre plus heureuse?

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