Дюма-сын Александр - Les Trois Mousquetaires / Три мушкетера стр 13.

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Cette fois, dArtagnan ne souffla pas mot, il avait reconnu sa bévue ; mais les amis dAramis ne se laissèrent pas convaincre par ses dénégations, et lun deux, sadressant au jeune mousquetaire avec un sérieux affecté :

« Si cela était, dit-il, ainsi que tu le prétends, je serais forcé, mon cher Aramis, de te le redemander ; car, comme tu le sais, Bois-Tracy est de mes intimes, et je ne veux pas quon fasse trophée des effets de sa femme.

 Tu demandes cela mal, répondit Aramis, et tout en reconnaissant la justesse de ta réclamation quant au fond, je refuserais à cause de la forme.

 Le fait est, hasarda timidement dArtagnan, que je nai pas vu sortir le mouchoir de la poche de M. Aramis. Il avait le pied dessus, voilà tout, et jai pensé que, puisquil avait le pied dessus, le mouchoir était à lui.

 Et vous vous êtes trompé, mon cher monsieur », répondit froidement Aramis, peu sensible à la réparation.

Puis, se retournant vers celui des gardes qui sétait déclaré lami de Bois-Tracy :

« Dailleurs, continua-t-il, je réfléchis, mon cher intime de Bois- Tracy, que je suis son ami non moins tendre que tu peux lêtre toi-même ; de sorte quà la rigueur ce mouchoir peut aussi bien être sorti de ta poche que de la mienne.

 Non, sur mon honneur ! sécria le garde de Sa Majesté.

 Tu vas jurer sur ton honneur et moi sur ma parole et alors il y aura évidemment un de nous deux qui mentira. Tiens, faisons mieux, Montaran, prenons-en chacun la moitié.

 Du mouchoir ?

 Oui.

 Parfaitement, sécrièrent les deux autres gardes, le jugement du roi Salomon. Décidément, Aramis, tu es plein de sagesse. »

Les jeunes gens éclatèrent de rire, et comme on le pense bien, laffaire neut pas dautre suite. Au bout dun instant, la conversation cessa, et les trois gardes et le mousquetaire, après sêtre cordialement serré la main, tirèrent, les trois gardes de leur côté et Aramis du sien.

« Voilà le moment de faire ma paix avec ce galant homme », se dit à part lui dArtagnan, qui sétait tenu un peu à lécart pendant toute la dernière partie de cette conversation. Et, sur ce bon sentiment, se rapprochant dAramis, qui séloignait sans faire autrement attention à lui :

« Monsieur, lui dit-il, vous mexcuserez, je lespère.

 Ah ! monsieur, interrompit Aramis, permettez-moi de vous faire observer que vous navez point agi en cette circonstance comme un galant homme le devait faire.

 Quoi, monsieur ! sécria dArtagnan, vous supposez

 Je suppose, monsieur, que vous nêtes pas un sot, et que vous savez bien, quoique arrivant de Gascogne, quon ne marche pas sans cause sur les mouchoirs de poche. Que diable ! Paris nest point pavé en batiste.

 Monsieur, vous avez tort de chercher à mhumilier, dit dArtagnan, chez qui le naturel querelleur commençait à parler plus haut que les résolutions pacifiques. Je suis de Gascogne, cest vrai, et puisque vous le savez, je naurai pas besoin de vous dire que les Gascons sont peu endurants ; de sorte que, lorsquils se sont excusés une fois, fût-ce dune sottise, ils sont convaincus quils ont déjà fait moitié plus quils ne devaient faire.

 Monsieur, ce que je vous en dis, répondit Aramis, nest point pour vous chercher une querelle. Dieu merci ! je ne suis pas un spadassin, et nétant mousquetaire que par intérim, je ne me bats que lorsque jy suis forcé, et toujours avec une grande répugnance ; mais cette fois laffaire est grave, car voici une dame compromise par vous.

 Par nous, cest-à-dire, sécria dArtagnan.

 Pourquoi avez-vous eu la maladresse de me rendre le mouchoir ?

 Pourquoi avez-vous eu celle de le laisser tomber ?

 Jai dit et je répète, monsieur, que ce mouchoir nest point sorti de ma poche.

 Eh bien, vous en avez menti deux fois, monsieur, car je len ai vu sortir, moi !

 Ah ! vous le prenez sur ce ton, monsieur le Gascon ! eh bien, je vous apprendrai à vivre.

 Et moi je vous renverrai à votre messe, monsieur labbé ! Dégainez, sil vous plaît, et à linstant même.

 Non pas, sil vous plaît, mon bel ami ; non, pas ici, du moins. Ne voyez-vous pas que nous sommes en face de lhôtel dAiguillon, lequel est plein de créatures du cardinal ? Qui me dit que ce nest pas Son Éminence qui vous a chargé de lui procurer ma tête ? Or jy tiens ridiculement, à ma tête, attendu quelle me semble aller assez correctement à mes épaules. Je veux donc vous tuer, soyez tranquille, mais vous tuer tout doucement, dans un endroit clos et couvert, là où vous ne puissiez vous vanter de votre mort à personne.

 Je le veux bien, mais ne vous y fiez pas, et emportez votre mouchoir, quil vous appartienne ou non ; peut-être aurez-vous loccasion de vous en servir.

 Monsieur est Gascon ? demanda Aramis.

 Oui. Monsieur ne remet pas un rendez-vous par prudence ?

 La prudence, monsieur, est une vertu assez inutile aux mousquetaires, je le sais, mais indispensable aux gens dÉglise, et comme je ne suis mousquetaire que provisoirement, je tiens à rester prudent. À deux heures, jaurai lhonneur de vous attendre à lhôtel de M. de Tréville. Là je vous indiquerai les bons endroits. »

Les deux jeunes gens se saluèrent, puis Aramis séloigna en remontant la rue qui remontait au Luxembourg, tandis que dArtagnan, voyant que lheure savançait, prenait le chemin des Carmes-Deschaux, tout en disant à part soi :

« Décidément, je nen puis pas revenir ; mais au moins, si je suis tué, je serai tué par un mousquetaire. »

V. Les mousquetaires du roi et les gardes de M. le cardinal

DArtagnan ne connaissait personne à Paris. Il alla donc au rendez-vous dAthos sans amener de second, résolu de se contenter de ceux quaurait choisis son adversaire. Dailleurs son intention était formelle de faire au brave mousquetaire toutes les excuses convenables, mais sans faiblesse, craignant quil ne résultât de ce duel ce qui résulte toujours de fâcheux, dans une affaire de ce genre, quand un homme jeune et vigoureux se bat contre un adversaire blessé et affaibli : vaincu, il double le triomphe de son antagoniste ; vainqueur, il est accusé de forfaiture et de facile audace.

Au reste, ou nous avons mal exposé le caractère de notre chercheur daventures, ou notre lecteur a déjà dû remarquer que dArtagnan nétait point un homme ordinaire. Aussi, tout en se répétant à lui-même que sa mort était inévitable, il ne se résigna point à mourir tout doucettement, comme un autre moins courageux et moins modéré que lui eût fait à sa place. Il réfléchit aux différents caractères de ceux avec lesquels il allait se battre, et commença à voir plus clair dans sa situation. Il espérait, grâce aux excuses loyales quil lui réservait, se faire un ami dAthos, dont lair grand seigneur et la mine austère lui agréaient fort. Il se flattait de faire peur à Porthos avec laventure du baudrier, quil pouvait, sil nétait pas tué sur le coup, raconter à tout le monde, récit qui, poussé adroitement à leffet, devait couvrir Porthos de ridicule ; enfin, quant au sournois Aramis, il nen avait pas très grand-peur, et en supposant quil arrivât jusquà lui, il se chargeait de lexpédier bel et bien, ou du moins en le frappant au visage, comme César avait recommandé de faire aux soldats de Pompée, dendommager à tout jamais cette beauté dont il était si fier.

Ensuite il y avait chez dArtagnan ce fonds inébranlable de résolution quavaient déposé dans son coeur les conseils de son père, conseils dont la substance était : « Ne rien souffrir de personne que du roi, du cardinal et de M. de Tréville. » Il vola donc plutôt quil ne marcha vers le couvent des Carmes Déchaussés, ou plutôt Deschaux, comme on disait à cette époque, sorte de bâtiment sans fenêtres, bordé de prés arides, succursale du Pré-aux-Clercs, et qui servait dordinaire aux rencontres des gens qui navaient pas de temps à perdre.

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