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IV
—Aller à Arcachon, réfléchit Hercule, quand il fut dehors, ça me coûtera très cher, et puis il me faudra changer de café, ce qui est toujours malsain… Mais, j'y pense, s'écria-t-il plaisamment en imitant le rire bête d'Archimède, il y a des sapins à Paris—pourquoi ne pas en profiter?
Et il s'en fut sur la place du Théâtre-Français, sapinière redoutable, bois sacré tout le jour retentissant de cris d'écrasés et d'un horrible mélange de songe d'Athalie et d'imprécations de Camille.
Tranquillement, loin de tout refuge, il se coucha sur la chaussée, et pendant une heure, d'innombrables fiacres se livrèrent sur son ventre au noble jeu des Montagnes russes.
–Mais je ne me sens pas mieux! cria bientôt Cassoulade, que la colère commençait à gagner; les sapins ne me font rien du tout, c'est un remède de fillette!
Prophète, il dit encore:
–Ça finira mal pour le docteur: je suis bon type, mais je n'aime pas qu'on se foute de moi!
Et il se retournait, afin de gifler, sans exception, toutes les personnes qui auraient pu avoir l'air de rigoler, quand l'omnibus des Batignolles survint et l'aplatit de telle sorte qu'il n'y eut plus qu'à réunir dans une bière les morceaux épars du colosse, et à mettre le tout dans la terre glaise, à Ménilmontant (bis).
V
… Hercule Cassoulade patienta quelques jours, mais quand il vit que, décidément, l'odeur résineuse du sapin ne guérissait pas son rhume, il se fâcha, assez sérieusement.
–Mais je ne me sens pas mieux, hurla-t-il, le sapin ne me fait rien du tout, c'est un remède de…
L'indignation l'étouffait. Il brisa le cercueil, brisa la pierre et se rendit chez son médecin.
Ce qui se passa dans cette interview, nul ne pourra jamais le dire.
Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est qu'on ne trouva plus désormais aucunes traces de l'illustre savant, ni dans ses bottines, ni, chose plus extraordinaire encore, dans le Botin!
Hercule Cassoulade vécut jusqu'à l'âge de cent trente ans. Parfois, dans un cercle de voisins respectueux, il aimait à conter l'anecdote:
–Parfaitement… il m'avait ordonné un remède de fillette, à moi! un mâle! un homme de bronze!… C'était une cure de je ne sais plus quoi… de pin… de sapin… Enfin, un remède de gosse. Ça n'a rien fait.
Avec l'accent froid et terrible du Destin, il ajoutait:
–Le charlatan me l'a payé. Je suis bon type, mais je n'aime pas qu'on se foute de moi!
Et d'un regard sévère, il fixait tous ses auditeurs, y compris les femmes et les enfants, prêt à gifler, sans exception, tous ceux qui eussent pu, par hasard, avoir l'air de rigoler.
Foc.Et voilà!
Merci, petit Foc, vous êtes bien gentil, et votre histoire est très drôle.
Je vous en laisse toute la gloire, mais vous me permettrez bien que j'en touche le montant, froidement.
Et puis, envoyez-moi votre nom et votre adresse. Vous me ferez plaisir (sans blague).
PHILOLOGIE
Mon jeune et intelligent directeur me remet, ou plutôt me fait remettre par un de ses grooms—car nous sommes en froid depuis quelque temps (histoire de femmes)—la lettre suivante que je publie presque intégralement, non pas tant pour l'intérêt qu'elle comporte que pour la petite peine qu'elle m'évite d'imaginer et d'écrire une vague futilité analogue ou autre.
Tout ce qui touche à la langue française, d'ailleurs, ne me saurait demeurer indifférent. Mes lecteurs, mes bons petits lecteurs chéris, le savent bien, car pas un jour ne se passe sans que je sois consulté sur quelque philologique embarras, ou invité à consacrer de ma haute sanction telle nouvelle formule.
D'autres se montreraient orgueilleux d'une semblable renommée; moi, je n'en suis pas plus fier!
Une lettre très gentille, entre autres, reçue dernièrement, me disait en substance:
«Un syndicat d'idolâtres de votre incomparable talent et de votre parfaite tenue dans la vie me charge de vous aviser qu'il a définitivement adopté, comme courtoise formule épistolaire, le inoxydablement que vous venez de lancer avec votre indiscutable autorité.
»Mais croyez-vous point, cher Monsieur, que l'orthographe en serait pas mieux ainsi: inoccidablement, témoignant que les sentiments qu'on nourrit pour son correspondant sont altérables par rien du tout, même le trépas?»
Nous sommes d'accord, Syndicat d'idolâtres, nous sommes d'accord.
Et puis, voici la lettre annoncée plus haut:
«À Monsieur Fernand Xau, Directeur du journal le Journal, 106, rue de Richelieu.
»Monsieur,
»Depuis plus de deux ans que, chaque matin, je lis le Journal, j'admire… etc., etc.
(Ici quelques mots aimables pour plusieurs collaborateurs non dénués, en effet, de talent.)
»… Mais ce que je prise par-dessus tout, ce sont les chroniques si fines, si ingénieuses, si larges, si substantielles de ce remarquable vieillard (sic) qui signe Alphonse Allais.
»Je n'ai pas l'honneur de le connaître, je n'ai même jamais vu sa photographie, mais le respect que j'éprouve pour son noble caractère et pour la façon si docte, si magistrale, si définitive avec laquelle il dénoue le nœud gordien des plus grosses difficultés de la langue française, m'ont amené à lui demander, par votre intermédiaire, son avis sur une question qui nous passionne, quelques amis et moi.
»M. Allais a su conquérir, dans les milieux universitaires, une vive autorité pour la lueur qu'il jeta jadis sur le genre du mot tac, masculin ou féminin selon le cas (l'attaque du moulin, le tic-tac du moulin, la tactique Dumoulin).
»Il s'agit aujourd'hui des différentes orthographes du mot sang, qui ondoient suivant la qualité, la couleur, la température, etc., etc.
»Quand, par exemple, vous parlez, dans le Journal, de ce jeune esthète que vous appelez, je crois, Sarcisque Francey ou Sancisque Frarcey (ou un nom dans ce genre-là), vous dites: «Ce petit jeune homme détient le record du bon sens.»
»Mais dès qu'il est question du chasseur Mirman, vous écrivez: «Le député de Reims se fait beaucoup de mauvais sang.»
»Donc, s, e, n, s, quand c'est bon; s, a, n, g, quand c'est mauvais.
»De même, l'orthographe de ce mot varie avec la couleur:
»Quoique le sang soit habituellement rouge, vous écrivez «faire semblant» s, e, m, et «sambleu!» s, a, m.
»Expliquez cela, s. v. p.!
»Ce n'est pas tout:
»Pourquoi écrivez-vous: «M. Barthou perdit son sang-froid» s, a, n, g, et «Don Quichotte perdit son Sancho» s, a, n?
»Je m'arrête, monsieur le directeur, car, à insister dans cette voie, on se ferait tourner les sangs.
»Peut-être M. Alphonse Allais trouvera-t-il que je n'ai pas le sens commun?
»Dans cette espérance, veuillez, monsieur le directeur, etc., etc.
»Votre bien dévoué,
»Jean Des Rognures.»La question est, en effet, étrangement complexe; je la transmets à mon conseil d'études (section des lettres).
Et je me rappelle l'amusante boutade de mon pauvre vieil ami Hippolyte Briollet:
On dit «Francfort-sur-le-Mein» et «avoir le cœur sur la main». Comment voulez-vous que les étrangers s'y reconnaissent?
Moi aussi, je me demande comment les étrangers peuvent s'y reconnaître.
FRAGMENT DE LETTRE DE M. FRANC-NOHAIN
TENDANT À DÉMONTRER QU'ON NE S'EMBÊTE PAS PLUS EN PROVINCE QU'À PARIS
Beaucoup de Parisiens, et pas mal de Parisiennes, éprouvent une vive tendance à s'imaginer que le bout du monde consiste en Neuilly l'hiver et en Trouville l'été.
Il y a là un gros malentendu contre lequel tous les bons esprits devraient s'appliquer à réagir.
Les départements français, ô gens de Paris, existent ailleurs que dans les géographies. Ils sont peuplés d'habitants en tout semblables à vous, d'habitants qui participent à la vie de la France et qui contribuent, par leurs efforts, par leurs arts, par leur fortune, à la prospérité et à la grandeur de notre cher pays.
Mais je n'insiste pas. Ça me ficherait en colère, comme dit Sarcey, et, malade comme je suis, la moindre émotion peut me tuer.