Allais Alphonse - Deux et deux font cinq стр 10.

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Ceux de mes lecteurs qui sont bien élevés (et ils le sont tous) seront enchantés de constater que la tradition des bonnes manières n'est pas tout à fait défunte en France.

Je ne change pas un mot au compte rendu si édifiant du Petit Havre:

TRIBUNAL CORRECTIONNEL DU HAVRE

Présidence de M. Delalande, juge

Audience du 2 janvier 1895

POLITESSE FRANÇAISE

«Nous avons la prétention d'être le peuple le plus courtois de la terre, et, certes, nous ne l'avons pas usurpée, étant donné qu'on retrouve la politesse jusque dans la bouche des locataires de madame Juliette Pineau.

»On aurait tort de supposer qu'il y a de notre part, dans cette déclaration, une ombre de mépris pour l'excellente madame Pineau; mais celle-ci est directrice d'un humble garni, et ce n'est point de sa faute si, de temps à autre, quelques-uns de ses pensionnaires passent de leurs chambres à celle de la correctionnelle.

»C'est, aujourd'hui, le cas de Jeanne Lefustec, âgée de dix-sept ans, et d'Alphonse Landon, son camarade de chambrée, qu'elle affectionne bien tendrement, qu'elle défend avant elle-même avec beaucoup d'énergie.

»Que leur reproche-t-on?

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»Monde bien vulgaire, direz-vous. D'accord; mais ce qui l'a relevé aux yeux de tous, c'est cette politesse exquise dont nous vous parlions tout à l'heure.

»—Me permettez-vous, monsieur le président, déclare mademoiselle Jeanne, de vous établir la parfaite innocence de monsieur mon amant dans l'affaire du vol? Il était parti chez madame sa mère pour lui présenter ses vœux de nouvelle année, tandis que je causais, au coin du quai, avec un monsieur de la douane, qui faisait le quart.

»—Je ne sais pas au juste, messieurs, réplique le prévenu, si c'est monsieur le douanier qui faisait le quart; mais je puis vous assurer que mademoiselle ma maîtresse et moi sommes innocents. Notre chambre fermait très mal, et un inconnu aura chipé l'oreiller pendant que nous étions absents.

»Faute de preuves contraires, les inculpés gagnent cette première manche.

»Mademoiselle Jeanne se défend, avec non moins de correction, d'avoir plumé un matelot.

»—Je vous avoue, dit-elle, qu'il m'est arrivé de trahir la foi jurée. J'ai un faible pour ces messieurs de la flotte; mais, loin de les dépouiller, je me fais un cas de conscience de ne pas même les écorcher. D'ailleurs, si un membre de la marine française m'accuse, montrez-le-moi.

»—Vous savez bien qu'il est en mer?…

»—Alors, n'en parlons plus, monsieur le président…

»De fait, on n'en parle plus.

»Malheureusement pour ce couple plein d'urbanité, il reste à dire un mot de son état social.

»Le propre de cet état est de ne pas exister. Des renseignements très précis prouvent que mademoiselle Jeanne tient un commerce de faveurs pour lequel on ne délivre aucune patente, et que son excellent ami avait une large part dans les bénéfices.

»Aussi est-ce bien en vain, cette fois, qu'ils se congratulent:

»—Monsieur mon amant exerce la profession de journalier.

»—Mademoiselle ma maîtresse vivait des ressources de mon travail.

»Discours inutiles: tous deux vont vivre aux frais de l'État pendant un mois.

»Ils prennent, du reste, la chose de la meilleure grâce du monde et saluent le tribunal; puis, s'inclinant devant le gendarme qui se dispose à les emmener, lui disent en souriant:

»—Après vous, monsieur le gendarme!

»Mais Pandore de répondre sur un ton qui n'admet pas de réplique:

»—Je n'en ferai rien!

»P. L.»

Si je n'avais l'horreur des plaisanteries faciles, j'ajouterais que la demoiselle Jeanne Lefustec est trop au lit pour être honnête. Mais je n'en ferai rien, considérant qu'on ne doit jamais insulter une femme qui tombe, même avec une fleur.

LE CAPTAIN CAP

DEVANT L'ÉTAT CIVIL D'UN ORANG-OUTANG

En arrivant à Nice, le Captain Cap et moi, deux affiches murales se disputèrent la gloire d'attirer notre attention.

(La phrase que je viens d'écrire est d'une syntaxe plutôt discutable. On ne dirait vraiment pas que j'ai fait mes humanités.)

Celle de ces deux affiches qui me charma, moi, en voici la teneur:

X…, PÉDICURE

TELLE RUE, TEL NUMÉRO

LE SEUL PÉDICURE SÉRIEUX DE NICE

Jamais, comme en ce moment, je ne sentis l'horreur de toute absence, sur mes abatis, de cors, durillons, œils de perdrix et autres stratagèmes.

Avoir sous la main un artiste qui, non content d'être sérieux, tient en même temps à être le seul sérieux d'une importante bourgade comme Nice, et ne trouver point matière à l'utiliser! regrettable, ah! que!…

Cap me proposa bien un truc qu'il tenait d'une vieille coutume en usage chez les femmes de saura-t-on jamais quel archipel polynésien, lesquelles femmes font consister tout leur charme à détenir le plus grand nombre possible de durillons sur les parties du corps les moins indiquées pour cette fin.

Je ne crus point devoir accepter, pour ce que ce jeu n'en valait point la chandelle, et nous passâmes à un autre genre de sport.

Celle des affiches murales que préféra Cap, annonçait à Urbi, Orbi and C

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Une gravure complétait ce texte, une gravure figurant le buste du quadrumane, et autour de cette gravure, ainsi qu'une inscription de médaille, s'étalaient ces mots, circulairement:

Je m'appelle Auguste: 10,000 francs à qui prouvera le contraire!

Dix mille francs à qui prouvera le contraire!

Le contraire de quoi? Que le monstre en question fût un véritable orang-outang, un authentique homme des bois, ou simplement qu'il s'appelât, de son vrai nom, Auguste?

Pour l'âme limpide de Cap, nul doute ne savait exister.

Il s'agissait de démontrer que ce singe ridicule ne s'appelait pas Auguste, de toucher les 500 louis et d'aller faire sauter la banque à Monte-Carlo!

Ah! mon Dieu, ça n'était pas bien compliqué!

Et Cap ne cessait de me répéter:

–Je ne sais pas, mais quelque chose me dit que cet orang ne s'appelle pas Auguste.

–Dam!

–Pourquoi dam? Ce sale gorille n'a pas une tête à s'appeler Auguste,

–Dam!

–Allais, si vous répétez encore une seule fois ce mot dam, je vous f… un coup d'aviron sur la g…!

Tout ce qu'on voudra sur la g…, hormis un aviron! Telle est ma devise.

Je n'insistai point et nous parlâmes d'autre chose.

Le soir même, Cap filait sur Antibes, regagnant son yacht, le Roi des Madrépores, et je demeurai une grande quinzaine sans le revoir.

Un matin, je fus réveillé par de grands éclats de voix dans mon antichambre: le clairon triomphal du Captain ébranlait mes parois.

–Ah! ah! proclamait Cap, je les ai, les preuves, je les tiens!

–Les preuves de quoi? m'étirai-je en ma couche.

–Je savais bien que ce sale chimpanzé ne s'appelait pas Auguste!

–Ah!

–Je viens de recevoir une dépêche de Bornéo, sa ville natale. Non seulement il ne s'appelle pas Auguste, mais encore il s'appelle Charles!

–Diable, c'est grave!… Et dites-moi, mon cher Cap, pensez-vous alors que Charles, l'orang de Nice, soit parent de Charles Laurent, de Paris?

–Dans votre conduite, mon cher Alphonse, le ridicule le dispute à l'odieux… J'ai reçu de notre consul à Bornéo toutes les pièces établissant, incontestablement, que le grand singe du Pont-Vieux s'appelle Charles. Vite, levez-vous et allons chez un avoué. À nous les 10,000 francs!

Mon notaire de Nice, M. Pineau, qui passe à juste titre pour l'un des plus éminents jurisconsultes des Alpes-Maritimes, nous donna l'adresse d'un excellent avoué, et notre papier-timbré fut rédigé en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire.

Mais, hélas! la petite fête foraine du Pont-Vieux était terminée.

Le faux Auguste, sa baraque, son barnum, tout déménagé à San-Remo, sur la terre d'Italie; et l'on n'ignore point que la loi italienne est formelle à cet égard: interdiction absolue de rechercher l'état civil de tout singe haut de 70 centimètres et plus.

VÉRITABLE RÉVOLUTION

DANS LA MOUSQUETERIE FRANÇAISE

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