Луи Фердинанд Селин - Voyage au bout de la nuit / Путешествие на край ночи. Книга для чтения на французском языке стр 16.

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 Ah! les vaches!..

 Ah dis donc! Ah dis donc!.. » On nen revenait pas nous autres de cette admirable capture, si nette, si définitive On en bavait. Les boutiques portaient toutes leurs volets clos, les pavillons dhabitation aussi, avec leur petit jardin par-devant, tout ça bien propre. Mais après la Poste on a vu que lun de ces pavillons, un peu plus blanc que les autres, brillait de toutes ses lumières à toutes les fenêtres, au premier comme à lentresol. On a été sonner à la porte. Notre cheval toujours derrière nous. Un homme épais et barbu nous ouvrit. « Je suis le Maire de Noirceur quil a annoncé tout de suite, sans quon lui demande et jattends les Allemands! » Et il est sorti au clair de lune pour nous reconnaître le Maire. Quand il saperçut que nous nétions pas des Allemands nous, mais encore bien des Français, il ne fut plus si solennel, cordial seulement. Et puis gêné aussi. Évidemment, il ne nous attendait plus, nous venions un peu en travers des dispositions quil avait dû prendre, des résolutions arrêtées. Les Allemands devaient entrer à Noirceur cette nuit-là, il était prévenu et il avait tout réglé avec la Préfecture, leur colonel ici, leur ambulance là-bas, etc. Et sils entraient à présent? Nous étant là? Ça ferait sûrement des histoires! Ça créerait sûrement des complications Cela il ne nous le dit pas nettement, mais on voyait bien quil y pensait.

Alors il se mit à nous parler de lintérêt général, dans la nuit, là, dans le silence où nous étions perdus. Rien que de lintérêt général Des biens matériels de la communauté Du patrimoine artistique de Noirceur, confié à sa charge, charge sacrée, sil en était une De léglise du XVe siècle notamment Sils allaient la brûler léglise du XVe ? Comme celle de Condé-sur-Yser à côté! Hein?.. Par simple mauvaise humeur Par dépit de nous trouver là nous Il nous fit ressentir toute la responsabilité que nous encourions Inconscients jeunes soldats que nous étions!.. Les Allemands naimaient pas les villes louches où rôdaient encore des militaires ennemis. Cétait bien connu.

Pendant quil nous parlait ainsi à mi-voix, sa femme et ses deux filles, grosses et appétissantes blondes, lapprouvaient fort, de-ci, de-là, dun mot On nous rejetait, en somme. Entre nous, flottaient les valeurs sentimentales et archéologiques, soudain fort vives, puisquil ny avait plus personne à Noirceur dans la nuit pour les contester Patriotiques, morales, poussées par des mots, fantômes quil essayait de rattraper, le Maire, mais qui sestompaient aussitôt vaincus par notre peur et notre égoïsme à nous et aussi par la vérité pure et simple.

Il sépuisait en de touchants efforts, le Maire de Noirceur, ardent à nous persuader que notre Devoir était bien de foutre le camp tout de suite à tous, les diables, moins brutal certes mais tout aussi décidé dans son genre que notre commandant Pinçon.

De certain, il ny avait à opposer décidément à tous ces puissants que notre petit désir, à nous deux, de ne pas mourir et de ne pas brûler. Cétait peu, surtout que ces choses-là ne peuvent pas se déclarer pendant la guerre. Nous retournâmes donc vers dautres rues vides. Décidément tous les gens que javais rencontrés pendant cette nuit-là mavaient montré leur âme.

« Cest bien ma chance! quil remarqua Robinson comme on sen allait. Tu vois. si seulement tavais été un Allemand toi, comme tes un bon gars aussi, tu maurais fait prisonnier et ça aurait été une bonne chose de faite On a du mal à se débarrasser de soi-même en guerre!

« Cest bien ma chance! quil remarqua Robinson comme on sen allait. Tu vois. si seulement tavais été un Allemand toi, comme tes un bon gars aussi, tu maurais fait prisonnier et ça aurait été une bonne chose de faite On a du mal à se débarrasser de soi-même en guerre!

 Et toi, que je lui ai dit, si tavais été un Allemand, tu maurais pas fait prisonnier aussi? Taurais peut-être alors eu leur médaille militaire! Elle doit sappeler dun drôle de mot en allemand leur médaille militaire, hein? »

Comme il ne se trouvait toujours personne sur notre chemin à vouloir de nous comme prisonniers, nous finîmes par aller nous asseoir sur un banc dans un petit square et on a mangé alors la boîte de thon que Robinson Léon promenait et réchauffait dans sa poche depuis le matin. Très au loin, on entendait du canon à présent, mais vraiment très loin. Sils avaient pu rester chacun de leur côté, les ennemis, et nous laisser là tranquilles!

Après ça, cest un quai quon a suivi; et le long des péniches à moitié déchargées, dans leau, à longs jets, on a uriné. On emmenait toujours le cheval à la bride, derrière nous, comme un très gros chien, mais près du Pont, dans la maison du Pasteur, à une seule pièce, sur un matelas aussi, était étendu encore un mort, tout seul, un Français, commandant de chasseurs à cheval qui ressemblait dailleurs un peu à ce Robinson, comme tête.

« Tu parles quil est vilain! que me fit remarquer Robinson. Moi jaime pas les morts

 Le plus curieux, que je lui répondis, cest quil te ressemble un peu. Il a un long nez comme le tien et toi tes pas beaucoup moins jeune que lui

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