Tolstoy Leo - L'enfance et l'adolescence стр 20.

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Tandis qu'elle contemplait, d'un air songeur, la miniature de maman, un des deux laquais, grands comme des géants et qui se tenaient toujours derrière sa voiture, entra pour annoncer:

«La princesse Varvara Ilinichna.»

Grand'mère toujours préoccupée ne répondit pas.

«Ordonnez-vous de les prier d'entrer. Votre Excellence?» répéta le domestique.

CHAPITRE IX LA PRINCESSE KORNAKOVA LE PRINCE IVANITCH

La princesse était une femme de quarante-cinq ans, de taille au-dessous de la moyenne, grêle, sèche et bilieuse; l'expression de ses petits yeux gris-verts et désagréables contredisait évidemment le sourire de ses lèvres minces, qui affectait une douceur exagérée. De son petit chapeau de velours orné de plumes d'autruche, s'échappaient des cheveux d'un roux pâle; les sourcils et les cils semblaient encore plus clairs et plus fades auprès de son teint maladif. Mais, grâce à l'aisance de ses mouvements, à la sévérité exceptionnelle de ses traits, à ses mains toutes mignonnes, l'ensemble de sa personne avait quelque chose d'énergique et de distingué.

La princesse parlait trop; elle appartenait à cette classe de gens qui ont toujours l'air de croire qu'on les contredit, bien que pas un des assistants n'ait prononcé un mot. Tantôt elle élevait la voix, puis la baissait graduellement pour recommencer avec une volubilité nouvelle en regardant toutes les personnes présentes comme pour recueillir l'approbation.

Bien que la princesse eût baisé la main de grand'mère, et qu'elle l'appelât sans cesse: «Ma bonne tante,» je remarquai que grand'maman n'était pas contente d'elle, aux mouvements de ses sourcils qu'elle soulevait en écoutant son interlocutrice. La princesse expliquait en français comment le prince Kornakof, malgré son vif désir de venir apporter à grand'mère ses félicitations, en avait été empêché par des affaires. Grand'mère répondit en russe, ce qui indiquait son mécontentement.

«Je vous remercie beaucoup, ma chère, pour votre attention Si le prince n'est pas venu, c'est sans doute qu'il est très occupé et ensuite quel plaisir pourrait-il trouver dans la société d'une vieille femme!» Et, sans donner à la princesse le temps de répliquer, elle continua:

«Comment vont vos enfants, ma chère?

Dieu merci, ma tante, ils grandissent, étudient et font les polissons. Étienne surtout, l'aîné, est un tel espiègle qu'il n'y a pas moyen d'avoir la paix dans la maison; mais il est intelligent, c'est un garçon qui promet. Imaginez-vous, mon cousin,» continua-t-elle en s'adressant exclusivement à mon père, car grand'mère ne paraissait pas s'intéresser aux enfants de la princesse et voulait se prévaloir de ses petits enfants; elle retira soigneusement les vers placés sous la boîte et se mit à déplier le rouleau, tandis que la princesse continuait:

«Imaginez-vous, mon cousin, ce qu'il a inventé ces jours-ci?»

Et, se penchant vers l'oreille de mon père, elle se mit à lui raconter quelque chose d'un ton très animé. Quand elle eut terminé son récit, que je n'ai point entendu, elle se mit à rire, et, regardant mon père d'un air interrogateur, elle dit:

«Quel garçon, mon cousin! Il aurait mérité d'être fouetté; mais cette malice était si spirituelle et si amusante, que je lui ai pardonné.» Et, tout en portant ses regards sur grand'mère, la princesse se mit à rire sans mot dire.

«Est-ce que vous battez vos enfants, ma chère? demanda grand'mère en soulevant les sourcils d'une manière expressive et en insistant sur le mot battez .

Ah! ma bonne tante, répondit la princesse d'une voix doucereuse, en lançant un regard furtif sur mon père, je connais votre opinion sur ce sujet. Permettez-moi, sur ce seul point, de ne pas être de votre avis. J'ai beaucoup réfléchi là-dessus, beaucoup lu, beaucoup consulté; mais l'expérience m'a convaincue de la nécessité d'agir sur les enfants par la crainte Pour venir à bout d'un enfant il n'y a que la crainte n'est-ce pas, mon cousin? Et je vous demande un peu qu'est-ce que les enfants craignent plus que la verge?»

En prononçant ces mots, elle nous regarda interrogativement, et, je l'avoue, je me sentis mal à l'aise en ce moment.

«Vous avez beau dire, continua-t-elle, mais un garçon de douze et même de quatorze ans est encore un

enfant pour une fille c'est autre chose»

Je pensai en moi-même:

«Quel bonheur que je ne sois pas son fils!

Oui, c'est fort bien, ma chère, dit grand'mère en repliant mes vers, et en les mettant sous la boîte, comme si, après cette déclaration, elle ne trouvait plus que la princesse fût digne de les entendre, c'est bien; mais dites-moi, je vous prie, quels sentiments délicats pouvez-vous attendre de vos enfants après cela?»

Et, comme elle tenait cet argument pour irréfutable, grand'mère ajouta comme conclusion:

«D'ailleurs chacun est libre d'avoir ses idées à ce sujet.»

La princesse ne répondit pas, mais sourit avec condescendance; elle témoignait ainsi qu'elle excusait ces étranges préjugés chez une personne qu'elle respectait profondément.

«Mais laissez-moi faire la connaissance de vos jeunes gens,» ajouta-t-elle, en nous regardant avec un sourire affable.

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