Villano Domenico - Lutopie Pragmatique стр 2.

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Au cours de nos rencontres successives, Domenico fut toujours très loquace. Le sourire aux lèvres, il me raconta son expérience de jeune étudiant, futur diplômé en sociologie de l’environnement et du développement territorial. Il me parla d’un mémoire au titre fascinant «L’Utopia come pratica. Le comunità intenzionali e l’etica di Foucault» [L’Utopie pragmatique. Les communautés intentionnelles et l’éthique chez Foucault] et de certaines expériences communautaires, italiennes ou non. Il était allé vivre dans ces communautés pour recueillir les aspects quotidiens et les dynamiques conceptuelles, afin de capturer les forces qui en sous-tendent l’ossature et d’interagir avec le travail, les personnes et les espaces. Je ne pus que m’intéresser à ce travail, que je suivais à distance, lorsqu’il allait de-ci et de-là pour étoffer son expérience, couchée ensuite sur le papier, page après page. Il y a quelques mois, il eut la grande satisfaction d’obtenir son diplôme et envoya son travail de fin d’étude à certains de ses contacts, susceptibles d’être intéressés. Je fus parmi ceux-ci. J’ai donc lu son travail, fraîchement achevé, authentique, traitant tant des questions théoriques que des observations faites sur le terrain, selon les règles de l’art de la sociologie.

En évoquant avec lui tous les efforts entrepris pour réaliser cet ouvrage, j’ai perçu une pointe de déception, liée à l’absence d’opportunités de publication. Son sourire est alors devenu un peu triste, presqu’éteint.

Pourquoi ne pas réaliser son rêve grâce à un soutien à partir de la base ? Pourquoi ne pas lancer cette idée parmi nos membres ? Cela me paraissait cohérent avec nos principes et nos pratiques de durabilité et de résilience.

Pourquoi ne pas réaliser son rêve grâce à un soutien à partir de la base ? Pourquoi ne pas lancer cette idée parmi nos membres ? Cela me paraissait cohérent avec nos principes et nos pratiques de durabilité et de résilience.

J’ai donc partagé cette idée avec le groupe territorial de CortoCircuito Flegreo et l’initiative fut lancée.

Cela a marché! Désormais, le travail de Domenico est devenu un petit ouvrage inestimable.

Bonne lecture !

Prologue

Procolo n’était pas un homme primitif, ni un aborigène australien, ni même quelqu’un qui venait d’une terre lointaine. Sur la ligne 1 du métro de Naples, en direction de la Station Centrale, tous les visages lui étaient familiers. Pas vraiment tous, en réalité. Il avait remarqué des étrangers à la peau noire, d’autres aux yeux en amande, ou encore des petites familles attendrissantes, couleur café au lait. Chacun d’eux parlait une langue inconnue mais cela n’avait aucune importance à ses yeux. Quand il était encore jeune, il était allé deux ou trois fois au port de Pozzuoli pour vendre le vin d’une année exceptionnelle, et là, il avait vu des étrangers, venant des quatre coins de la planète. Mais ce qui l’intriguait, c’était plutôt tous les autres: ils lui ressemblaient tellement, avec leurs yeux noirs, leurs cheveux châtains et leur visage familier, mais ils avaient quelque chose d’étrange. Ils étaient tous très grands et habillés comme des princes. Ils arboraient des chemises impeccables, des chaussures toute neuves et des cheveux soigneusement peignés. Il devait sans doute se trouver dans une ville de rois. Il avait entendu parler des villes, de leur saleté, de la misère du peuple et de la grande richesse des seigneurs, enfermés dans leur palais et défendus par leur cour. Mais qui étaient tous ces messieurs dans ce wagon souterrain? Aucun n’avait le visage brûlé par le soleil. Il y avait bien quelques jeunes garçons à la peau rougeâtre, mais il s’agissait d’une couleur étrange, comme s’ils s’étaient dépêchés de s’immerger dans une baignoire pleine de rayons de soleil. Procolo regardait les mains de ceux qui s’agrippaient aux montants tubulaires du wagon pour ne pas perdre l’équilibre. Elles ne ressemblaient en rien aux siennes. Aucune callosité, aucune cicatrice. Elles étaient fines et propres; les ongles bien soignés et longs, plus longs encore que ceux du marquis de De Suricis, l’homme le plus cultivé et le plus riche de Roccafiniterre, son village bien-aimé, où il avait passé presque toute sa vie. Et maintenant, Dieu sait où il se trouvait. À vrai dire, il ne se souvenait pas comment il était arrivé dans ce curieux engin souterrain, mais il était prêt à tout pour retrouver le chemin de la maison. Il tenta de demander des informations à un des passagers, mais, malheureusement, celui-ci arrivait à peine à comprendre ce que Procolo lui disait. Il avait des dents bien droites, comme il n’en avait jamais encore vu, et il parlait une langue qu’il avait déjà entendue une fois, lorsqu’il avait dû aller devant le juge, dans un immense bâtiment de Benevento, pour ce problème de poulets qu’il avait empruntés au poulailler de Mariuccia, sans en demander la permission. Heureusement, cette fois-là, il s’en était bien sorti, avec seulement quelques nuits passées en cellule.

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