Луи Фердинанд Селин - Voyage au bout de la nuit / Путешествие на край ночи. Книга для чтения на французском языке стр 14.

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« Vous navez pas une bouteille de vin à me vendre? que je demandai.

« Vous navez pas une bouteille de vin à me vendre? que je demandai.

 Faut vous adresser à la mère Elle sait peut-être sil y en a encore Les Allemands nous en ont pris beaucoup tantôt »

Et alors, elles se mirent à discuter ensemble à la suite de ma demande et tout bas.

« Y en a plus! quelle revint mannoncer, la fille, les Allemands ont tout pris Pourtant on leur en avait donné de nous-mêmes et beaucoup

 Ah oui, alors, quils en ont bu! que remarqua la mère, qui sétait arrêtée de pleurer, du coup. Ils aiment ça

 Et plus de cent bouteilles, sûrement, ajouta le père, toujours à genoux lui

 Y en a plus une seule alors? insistai-je, espérant encore, tellement javais grand-soif, et surtout de vin blanc, bien amer, celui qui réveille un peu. J veux bien payer

 Y en a plus que du très bon. Y vaut cinq francs la bouteille consentit alors la mère.

 Cest bien! » Et jai sorti mes cinq francs de ma poche, une grosse pièce.

« Va en chercher une! » lui commanda-t-elle tout doucement à la sœur.

La sœur prit la bougie et remonta un litre de la cachette un instant plus tard.

Jétais servi, je navais plus quà men aller.

« Ils vont revenir? demandai-je, inquiet à nouveau.

 Peutêtre, firentils ensemble, mais alors ils brûleront tout Ils lont promis en partant

 Je vais aller voir ça.

 Vous êtes bien brave Cest par là! » que mindiquait le père, dans la direction de Noirceur-sur-la-Lys Même il sortit sur la chaussée pour me regarder men aller. La fille et la mère demeurèrent craintives auprès du petit cadavre, en veillée.

« Reviens! quelles lui faisaient de lintérieur. Rentre donc Joseph, tas rien à faire sur la route, toi

 Vous êtes bien brave », me dit-il encore le père, et il me serra la main.

Je repris, au trot, la route du Nord.

« Leur dites pas que nous sommes encore là au moins! » La fille était ressortie pour me crier cela.

« Ils le verront bien, demain, répondis-je, si vous êtes là! » Jétais pas content davoir donné mes cent sous. Il y avait ces cent sous entre nous. Ça suffit pour haïr, cent sous, et désirer quils en crèvent tous. Pas damour à perdre dans ce monde, tant quil y aura cent sous.

« Demain! » répétaient-ils, eux, douteux

Demain, pour eux aussi, cétait loin, ça navait pas beaucoup de sens un demain comme ça. Il sagissait de vivre une heure de plus au fond pour nous tous, et une seule heure dans un monde où tout sest rétréci au meurtre cest déjà un phénomène.

Ce ne fut plus bien long. Je trottais darbre en arbre et mattendais à être interpellé ou fusillé dun moment à lautre. Et puis rien.

Il devait être sur les deux heures après minuit, guère plus, quand je parvins sur le faîte dune petite colline, au pas. De là jai aperçu tout dun coup en contrebas des rangées et encore des rangées de becs de gaz allumés, et puis, au premier plan, une gare tout éclairée avec ses wagons, son buffet, doù ne montait cependant aucun bruit Rien. Des rues, des avenues, des réverbères, et encore dautres parallèles de lumières, des quartiers entiers, et puis le reste autour, plus que du noir, du vide, avide autour de la ville, tout étendue elle, étalée devant moi, comme si on lavait perdue la ville, tout allumée et répandue au beau milieu de la nuit. Jai mis pied à terre et je me suis assis sur un petit tertre pour regarder ça pendant un bon moment.

Cela ne mapprenait toujours pas si les Allemands étaient entrés dans Noirceur, mais comme je savais que dans ces cas-là, ils mettaient le feu dhabitude, sils étaient entrés et sils ny mettaient point le feu tout de suite à la ville, cest sans doute quils avaient des idées et des projets pas ordinaires.

Pas de canon non plus, cétait louche.

Mon cheval voulait se coucher lui aussi. Il tirait sur sa bride et cela me fit retourner. Quand je regardai à nouveau du côté de la ville, quelque chose avait changé dans laspect du tertre devant moi, pas grand-chose, bien sûr, mais tout de même assez pour que jappelle. « Hé là! qui va là?.. » Ce changement dans la disposition de lombre avait eu lieu à quelques pas Ce devait être quelquun

« Gueule pas si fort! que répondit une voix dhomme lourde et enrouée, une voix qui avait lair bien française.

 Tes à la traîne aussi toi? » quil me demande de même. À présent, je pouvais le voir. Un fantassin cétait, avec sa visière bien cassée « à la classe ». Après des années et des années, je me souviens bien encore de ce moment-là, sa silhouette sortant des herbes, comme faisaient des cibles au tir autrefois dans les fêtes, les soldats.

Nous nous rapprochions. Javais mon revolver à la main. Jaurais tiré sans savoir pourquoi, un peu plus.

« Écoute, quil me demande, tu les as vus, toi?

 Non, mais je viens par ici pour les voir.

 Tes du 145e dragons?

 Oui, et toi?

 Moi, je suis un réserviste

 Ah! » que je fis. Ça métonnait, un réserviste. Il était le premier réserviste que je rencontrais dans la guerre. On avait toujours été avec des hommes de lactive nous. Je ne voyais pas sa figure, mais sa voix était déjà autre que les nôtres, comme plus triste, donc plus valable que les nôtres. À cause de cela, je ne pouvais mempêcher davoir un peu confiance en lui. Cétait un petit quelque chose.

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