Антуан Франсуа Прево - Manon Lescaut / Манон Леско. Книга для чтения на французском языке стр 8.

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Cependant, Tiberge continuant de me rendre de fréquentes visites, dans le dessein quil mavait inspiré, je pris loccasion den faire louverture à mon père. Il me déclara que son intention était de laisser ses enfants libres dans le choix de leur condition et que, de quelque manière que je voulusse disposer de moi, il ne se réserverait que le droit de maider de ses conseils. Il men donna de fort sages, qui tendaient moins à me dégoûter de mon projet, quà me le faire embrasser avec connaissance. Le renouvellement de lannée scolastique approchait. Je convins avec Tiberge de nous mettre ensemble au séminaire de Saint-Sulpice, lui pour achever ses études de théologie, et moi pour commencer les miennes. Son mérite, qui était connu de lévêque du diocèse, lui fit obtenir de ce prélat un bénéfice considérable avant notre départ.

Mon père, me croyant tout à fait revenu de ma passion, ne fit aucune difficulté de me laisser partir. Nous arrivâmes à Paris. Lhabit ecclésiastique prit la place de la croix de Malte, et le nom dabbé des Grieux celle de chevalier. Je mattachai à létude avec tant dapplication, que je fis des progrès extraordinaires en peu de mois. Jy employais une partie de la nuit, et je ne perdais pas un moment du jour. Ma réputation eut tant déclat, quon me félicitait déjà sur les dignités que je ne pouvais manquer dobtenir, et sans lavoir sollicité, mon nom fut couché sur la feuille des bénéfices. La piété nétait pas plus négligée ; javais de la ferveur pour tous les exercices. Tiberge était charmé de ce quil regardait comme son ouvrage, et je lai vu plusieurs fois répandre des larmes, en sapplaudissant de ce quil nommait ma conversion. Que les résolutions humaines soient sujettes à changer, cest ce qui ne ma jamais causé détonnement ; une passion les fait naître, une autre passion peut les détruire ; mais quand je pense à la sainteté de celles qui mavaient conduit à Saint-Sulpice et à la joie intérieure que le Ciel my faisait goûter en les exécutant, je suis effrayé de la facilité avec laquelle jai pu les rompre. Sil est vrai que les secours céleste sont à tous moments dune force égale à celle des passions, quon mexplique donc par quel funeste ascendant on se trouve emporté tout dun coup loin de son devoir, sans se trouver capable de la moindre résistance, et sans ressentir le moindre remords. Je me croyais absolument délivré des faiblesses de lamour. Il me semblait que jaurais préféré la lecture dune page de saint Augustin, ou un quart dheure de méditation chrétienne, à tous les plaisirs des sens, sans excepter ceux qui mauraient été offerts par Manon. Cependant, un instant malheureux me fit retomber dans le précipice, et ma chute fut dautant plus irréparable, que me trouvant tout dun coup au même degré de profondeur doù jétais sorti, les nouveaux désordres où je tombai me portèrent bien plus loin vers le fond de labîme.

Javais passé près dun an à Paris, sans minformer des affaires de Manon. Il men avait dabord coûté beaucoup pour me faire cette violence; mais les conseils toujours présents de Tiberge, et mes propres réflexions, mavaient fait obtenir la victoire. Les derniers mois sétaient écoulés si tranquillement que je me croyais sur le point doublier éternellement cette charmante et perfide créature. Le temps arriva auquel je devais soutenir un exercice public dans lEcole de Théologie. Je fis prier plusieurs personnes de considération de mhonorer de leur présence. Mon nom fut ainsi répandu dans tous les quartiers de Paris : il alla jusquaux oreilles de mon infidèle. Elle ne le reconnut pas avec certitude sous le titre dabbé ; mais un reste de curiosité, ou peut-être quelque repentir de mavoir trahi (je nai jamais pu démêler lequel de ces deux sentiments) lui fit prendre intérêt à un nom si semblable au mien ; elle vint en Sorbonne avec quelques autres dames. Elle fut présente à mon exercice, et sans doute quelle eut peu de peine à me remettre.

Je neus pas la moindre connaissance de cette visite. On sait quil y a, dans ces lieux, des cabinets particuliers pour les dames[21], où elles sont cachées derrière une jalousie. Je retournai à Saint-Sulpice, couvert de gloire et chargé de compliments. Il était six heures du soir. On vint mavertir, un moment après mon retour, quune dame demandait à me voir. Jallai au parloir sur-le-champ. Dieux! quelle apparition surprenante! j y trouvai Manon. Cétait elle, mais plus aimable et plus brillante que je ne lavais jamais vue. Elle était dans sa dix-huitième année. Ses charmes surpassaient tout ce quon peut décrire. Cétait un air si fin, si doux, si engageant, lair de lAmour même. Toute sa figure me parut un enchantement.

Je demeurai interdit à sa vue, et ne pouvant conjecturer quel était le dessein de cette visite, jattendais, les yeux baissés et avec tremblement, quelle sexpliquât. Son embarras fut, pendant quelque temps, égal au mien, mais, voyant que mon silence continuait, elle mit la main devant ses yeux, pour cacher quelques larmes. Elle me dit, dun ton timide, quelle confessait que son infidélité méritait ma haine; mais que, sil était vrai que jeusse jamais eu quelque tendresse pour elle, il y avait eu, aussi, bien de la dureté à laisser passer deux ans sans prendre soin de minformer de son sort, et quil y en avait beaucoup encore à la voir dans létat où elle était en ma présence, sans lui dire une parole. Le désordre de mon âme, en lécoutant, ne saurait être exprimé.

Elle sassit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, nosant lenvisager directement. Je commençai plusieurs fois une réponse, que je neus pas la force dachever. Enfin, je fis un effort pour mécrier douloureusement : Perfide Manon! Ah! perfide! perfide! Elle me répéta, en pleurant à chaudes larmes, quelle ne prétendait point justifier sa perfidie. Que prétendez-vous donc? mécriai-je encore. Je prétends mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre cœur, sans lequel il est impossible que je vive. Demande donc ma vie, infidèle! repris-je en versant moi-même des pleurs, que je mefforçai en vain de retenir. Demande ma vie, qui est lunique chose qui me reste à te sacrifier ; car mon cœur na jamais cessé dêtre à toi. À peine eus-je achevé ces derniers mots, quelle se leva avec transport pour venir membrasser. Elle maccabla de mille caresses passionnées. Elle mappela par tous les noms que lamour invente pour exprimer ses plus vives tendresses. Je ny répondais encore quavec langueur. Quel passage, en effet, de la situation tranquille où javais été, aux mouvements tumultueux que je sentais renaître! Jen étais épouvanté. Je frémissais, comme il arrive lorsquon se trouve la nuit dans une campagne écartée : on se croit transporté dans un nouvel ordre de choses; on y est saisi dune horreur secrète, dont on ne se remet quaprès avoir considéré longtemps tous les environs.

Nous nous assîmes lun près de lautre. Je pris ses mains dans les miennes. Ah! Manon, lui dis-je en la regardant dun œil triste, je ne métais pas attendu à la noire trahison dont vous avez payé mon amour. Il vous était bien facile de tromper un cœur dont vous étiez la souveraine absolue, et qui mettait toute sa félicité à vous plaire et à vous obéir. Dites-moi maintenant si vous en avez trouvé daussi tendres et daussi soumis. Non, non, la Nature nen fait guère de la même trempe que le mien. Dites-moi, du moins, si vous lavez quelquefois regretté. Quel fond dois-je faire sur ce retour de bonté qui vous ramène aujourdhui pour le consoler? Je ne vois que trop que vous êtes plus charmante que jamais; mais au nom de toutes les peines que jai souffertes pour vous, belle Manon, dites-moi si vous serez plus fidèle.

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