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Travailliez-vous depuis longtemps avec le Grandissime Levexitor ?
Depuis seulement quatre mois. Jy voyais le début dune longue relation daffaires, mais on dirait bien que je vais devoir me trouver de nouveaux contacts.
Vous avez déclaré quà lheure du crime, vous rendiez visite à Levexitor.
Seulement par holojection. Notre conversation était ponctuée détranges silences. Je pense que quelquun dautre était physiquement présent en même temps que moi, mais cette personne nétant pas reliée à lholospace, je nai pas pu la voir ni lentendre.
De quoi parliez-vous à lheure de sa mort ?
Rabinowitz hésita un instant.
Nous parlions affaires, répondit-elle. Jétais venue lui parler des droits du théâtre sous-marin, et
Inutile de développer, linterrompit Dellor. Je nai pas besoin de connaître les détails des affaires du Grandissime. Connaissiez-vous bien Dahb Chalnas ?
Lassistant de Levexitor ? Pas vraiment. Il était souvent présent lors de mes rendez-vous avec le Grandissime, mais il nouvrait presque jamais la bouche.
Mais cette fois, il nétait pas là ?
Pas dans lholospace, non. Levexitor ma dit que cétait son jour de congé.
Le taxi était arrivé dans un autre quartier de la ville, bien moins peuplé que le centre, aux habitations plus petites et détachées les unes des autres. Ils sarrêtèrent devant une maison à deux étages, entourée dun mur bas, avec un jardin de poupée sur le devant. Rabinowitz contempla un instant la bâtisse, ébahie. Levexitor faisait partie des plus grands notables de Jenithar, et sa maison ne faisait même pas les deux tiers de la sienne.
Tout est relatif, murmura-t-elle en sortant du taxi, entourée de son escorte policière.
Les deux sergents la menèrent à lintérieur, et dès quelle eut franchi le seuil, elle parcourut lentrée dun regard choqué : la maison de Levexitor aurait pu donner à un simple taudis des airs de palace. Des tas de détritus jonchaient le sol, à tel point quon peinait à se déplacer, et elle dut éviter soigneusement de petits ruisselets dun immonde fluide jaunâtre. Des gouttelettes graisseuses dun produit visqueux inidentifiable suintaient le long des murs. Rabinowitz était certaine que la puanteur lui aurait fait perdre connaissance si son corps artificiel avait été en mesure de transmettre les odeurs. Par chance, il se contentait dune alarme pour lalerter de la présence de fumée ou de produits corrosifs.
Cest qui, son décorateur ? demanda-t-elle à voix haute. La compagnie des marais et des eaux usées ?
Cette maison offrait un tel contraste, tant avec la propreté des rues quavec laustérité de lholospace de Levexitor, que Rabinowitz eut soudain limpression de se trouver sur une autre planète. Mais à la réflexion, elle connaissait beaucoup de gens sur Terre dont lholospace navait rien à voir avec leur maison ou leur bureau.
Son personnel devait être particulièrement incompétent, poursuivit-elle.
Le Grandissime Levexitor vivait seul ici, expliqua Dellor. Son seul employé était son assistant, Dahb Chalnas.
Tout seul ? Sans le moindre domestique ? Un citoyen aussi grand et important que le Grandissime Levexitor ?
Lun des avantages à être aussi grand, répondit le sergent, cest justement davoir lautorisation de vivre seul.
Rabinowitz hocha la tête dun air songeur du moins, elle essaya : le mouvement fit sagiter dune manière incontrôlable son lourd corps métallique.
Je vois, dit-elle. Bon, montrez-moi ce que vous vouliez me faire voir, que je puisse rapporter ce corps à lagence. Ils devront le baigner dans lacide avant quil puisse servir à nouveau.
Dellor lui fit traverser plusieurs pièces, chacune plus répugnante que la première, puis sarrêta enfin et déclara :
Voici la pièce où le Grandissime Levexitor a été assassiné.
Lunique point commun entre cette pièce et lholospace de Levexitor était la haute table de travail et son plateau électronique, identique à celle devant laquelle il se tenait au moment de sa mort.
Ça ne ressemble pas du tout à ce que jai vu.
Cela na rien détonnant. Dites-nous ce que vous avez vu.
Le Grandissime Levexitor se tenait derrière sa table. Il me parlait. De temps en temps, il mettait plusieurs secondes à me répondre ; je pense quil sortait brièvement de lholospace pour sadresser à une personne présente physiquement dans son bureau. En plein milieu de notre conversation, il a soudain levé les yeux, poussé un petit cri et sest effondré sur la table. Jai regardé partout, mais je nai vu personne dautre dans lholospace. Puis le corps du Grandissime sest redressé jimagine que son meurtrier a soulevé son corps physique pour accéder à son holojecteur et jai vu des mains invisibles presser les boutons. Puis la connexion a été coupée, et jétais de nouveau chez moi.
Dellor resta un instant silencieux, puis déclara :
Voilà qui confirme notre théorie. Veuillez accepter notre gratitude pour votre collaboration. Nous allons vous raccompagner à lagence de location.
Attendez ! Cest tout ? Vous payez pour me faire venir ici, vous me faites subir tout ce cirque pour louer un corps, vous memmenez dans cet égout nauséabond Et tout ça pour passer deux minutes dans cette pièce en vous répétant ce que je vous ai déjà raconté au téléphone ?
Cest exact.
Et dites-moi, quelle est votre théorie ?
Ce nest pas votre affaire.
Eh bien jen fais mon affaire !
Elle se dressa devant lui de toute sa hauteur, le toisant dun air quelle espérait impérieux et glacial.
Et si vous espérez grandir un jour, vous allez à votre tour en faire mon affaire.
Dellor hésita un instant, puis répliqua :
Cette affaire est extrêmement simple, elle ne mérite même pas votre intérêt. Une seule personne a pu commettre le crime.
Dites-moi.
Le coupable ne peut quêtre Dahb Chalnas, lassistant de Levexitor. Nous lavons déjà arrêté, il ne devrait pas tarder à avouer.
Je vois. Le coupable est le majordome. Comment en êtes-vous arrivés à cette ahurissante révélation ?
Ce nétait pas difficile : seul Chalnas avait accès à la maison.
Le Grandissime naurait-il pas pu laisser entrer quelquun dautre ?
Comme pour la plupart des citoyens de sa stature, sa vie privée avait trop dimportance pour lui. Il naurait jamais fait entrer un visiteur en personne alors quil était possible de le recevoir par holojection.
Sauf sil sagissait dun sujet dont il ne voulait pas discuter sur les ondes, songea Rabinowitz à voix haute.
Dellor lobserva un instant, puis demanda :
Détenez-vous la preuve quun sujet aussi délicat ait pu exister ?
Non. Pas de preuves. Mais pourquoi êtes-vous si convaincu de la culpabilité de Chalnas ? Il a toujours été si calme, si timide
Madame Rabinowitz, vous êtes une étrangère sur Jenithar. Vous ne connaissez pas nos coutumes. Les citoyens daussi basse extraction que Chalnas nourrissent souvent des désirs perfides envers leurs supérieurs. Je lai vu bien trop souvent : un petit assassine un grand sans autre raison que la rage et la frustration. Peut-être est-ce un triste constat sur notre civilisation, mais cest un fait et nous devons vivre avec.