Dumas Alexandre - Création et rédemption, deuxième partie: La fille du marquis стр 9.

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Et il ne sortait de son rêve, remontant éternellement du connu à l'inconnu et redescendant sans cesse du matériel à l'idéal, que pour crier au postillon:

Vite, plus vite!

Une fois en voiture, Jacques avait juré de n'en plus descendre, et de faire sans s'arrêter les cent soixante lieues qui le séparaient de Vienne; mais il avait compté sans les difficultés que les événements politiques mettaient au voyage des Français en Allemagne. Pour tous les princes allemands, en opposition complète avec nos principes, tout Français était un incendiaire prêt à mettre le feu à ses États.

Or, à chaque frontière de principauté, si invisible qu'elle fût sur la carte, il fallait descendre de voiture, subir un interrogatoire et justifier de son identité.

C'est ce que faisait Jacques, et il perdait trois ou quatre heures par jour à ces formalités. Il est vrai que, une fois arrivé à Salzbourg, tout fut dit pour le reste de l'Autriche. La frontière franchie, la route était libre jusqu'à Vienne.

Enfin, toujours pressant de la voix chevaux et postillon, on arriva aux portes de Vienne vers cinq heures de l'après-midi.

Là le voyageur eut à subir un nouvel interrogatoire, une nouvelle visite des papiers.

On lui donna ensuite un permis de séjour d'une semaine, après laquelle il devait faire renouveler sa carte et dire combien de temps il comptait rester dans la capitale de l'Autriche.

Comme il remontait en voiture, le postillon lui demanda où il le devait conduire.

Jacques était décidé à tout brusquer. Il répondit donc:

Josephplatz, nº 11.

Le postillon s'engagea dans un réseau de petites rues et déboucha enfin en face de la statue de l'empereur qui a fait donner son nom à cette place.

Jacques, la tête passée par la portière, cherchait des yeux laquelle de toutes ces maisons qui forment la place pouvait être celle qu'occupait Éva.

Une seule parmi toutes avait ses portes, ses fenêtres, ses contrevents fermés comme un tombeau.

Il vit avec une angoisse qui dégénéra bientôt en terreur, que le postillon dirigeait la voiture de ce côté.

Enfin il s'arrêta à la porte de cette maison aveugle et muette.

Eh bien? lui cria Jacques.

Eh bien! monsieur, répondit le postillon, c'est ici.

Ici le nº 11?

Oui.

Jacques sauta hors de la voiture, se recula pour bien voir si c'était en effet la maison désignée, fouilla dans sa poche, rouvrit pour la centième fois le billet de Danton.

Le billet disait bien:

Josephplatz, maison nº 11.

Jacques se jeta comme un fou sur le marteau et la sonnette, et tout à la fois sonna et frappa.

Personne ne répondit.

Le son revenant mat et sourd indiquait que tout était fermé au dedans comme au dehors.

Ah! mon Dieu, mon Dieu! murmurait Jacques, qu'est-il donc arrivé?

Et il tirait le cordon de la sonnette plus violemment et frappait plus fort. On commençait à s'arrêter.

Enfin un craquement se fit entendre à la maison à côté, une fenêtre s'ouvrit, une tête passa.

C'était celle d'un homme d'une soixantaine d'années.

Pardon, monsieur, dit-il en bon français avec la politesse viennoise; mais pourquoi vous acharnez-vous à frapper à cette maison où il n'y a personne?

Comment, personne? s'écria Jacques.

Non, monsieur, depuis huit jours, du moins.

Cette maison n'était-elle pas habitée par deux dames?

Oui, monsieur.

Deux dames françaises?

Oui.

Une vieille et une jeune.

Une vieille et une jeune! C'est bien cela à ce que je crois, du moins, ne sortant pas de ma bibliothèque et ne m'occupant pas de mes voisins.

Pardon, pardon, excusez-moi si j'abuse de votre bonté, dit Jacques d'une voix éperdue, mais mais ces dames, que sont-elles devenues?

Je crois avoir entendu dire que l'une des deux était morte; oui, c'était même une catholique. Je me rappelle avoir entendu le chant des prêtres, qui m'a dérangé dans mes recherches.

Laquelle, monsieur? dit Jacques Mérey en joignant les mains; pour l'amour de Dieu, laquelle?

Comment, laquelle?

Oui, laquelle, laquelle des deux est morte? la jeune ou la vieille?

Oh! cela, dit le vieillard, je ne sais pas.

Mon Dieu! mon Dieu! sanglota Jacques Mérey.

Mais, reprit le vieillard, si cela vous intéresse, je vais le demander à ma femme; elle se mêle de tout ce qui ne la regarde pas elle doit le savoir.

Allez, allez, monsieur,

cria Jacques Mérey; allez; je vous en supplie.

Un instant après, le vieillard reparut, Jacques n'avait point respiré pendant son absence.

Eh bien?

C'était la vieille.

Jacques chercha un appui contre la voiture et respira lentement.

Et l'autre, et l'autre? demanda-t-il d'une voix à peine intelligible.

L'autre?

Oui, l'autre femme, celle qui n'est pas morte, la jeune, qu'est-elle devenue?

Je ne sais pas. Il faut que je demande à ma femme.

Et le vieillard s'apprêta à faire un nouveau voyage à la source.

Monsieur! monsieur! lui cria Jacques. Ne pourrais-je parler directement à votre femme? Il me semble que ce serait plus court.

Ce serait plus court, en effet, dit le vieillard; mais allez à la troisième fenêtre à partir de celle-ci, c'est celle de la chambre de madame Haal. Je ne lui permets pas de venir dans mon cabinet.

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