Tolstoy Leo - L'enfance et l'adolescence стр 17.

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J'aime à la voir si petite, je ferme encore plus les yeux, et elle n'est pas plus grande que ces petits garçons qu'on voit dans les prunelles quand elles reflètent l'image de quelqu'un. Mais je bouge, l'enchantement est détruit; en vain je cherche à rétrécir mes pupilles pour reformer l'image; c'est fini.

Alors je me lève, je grimpe sur un fauteuil; je rentre mes pieds sous moi, et je me pelotonne confortablement.

«Nicolinka, tu vas de nouveau t'endormir, tu ferais mieux de monter dans ta chambre et de te coucher.

Je n'ai pas envie de dormir, maman,» et, pendant que je parle, des rêves vagues et doux s'emparent de mon imagination, un bon sommeil d'enfant clôt mes paupières, et, une minute après, j'oublie tout ce qui m'entoure, et je m'endors jusqu'à ce qu'on vienne me réveiller.

Tandis que je sommeille encore, je sens une main tendre; je la reconnais au toucher, et, tout endormi, je m'en empare et je la presse bien fort contre ma bouche.

Tout le monde s'est retiré, une seule bougie brûle dans le salon. Maman a dit qu'elle veut me réveiller elle-même, elle s'est assise sur le rebord du fauteuil dans lequel je dors; de sa main effilée et douce elle caresse mes cheveux, et sa voix chère et familière résonne à mon oreille:

«Lève-toi, ma petite âme, il est temps de te coucher.»

Il n'y a plus de regards indifférents pour la gêner, elle peut répandre sur moi, sans contrainte, toute sa tendresse, tout son amour. Je ne bouge pas, mais je baise sa main toujours plus fort.

«Lève-toi, mon ange!»

Elle passe son autre bras autour de mon cou, et ses petits doigts effleurent mon visage et me chatouillent.

Dans la chambre demi sombre, tout est silencieux; mes nerfs sont excités par ce chatouillement, et je me réveille.

Maman est tout près de moi, elle me

touche, je sens le parfum qui flotte autour d'elle, et j'entends sa voix; je me soulève, j'entoure son cou de mes mains, je presse ma tête sur son sein, et je dis, tout oppressé:

«Ah! chère, chère maman, ah! que je t'aime!»

Elle sourit de son sourire triste et charmant; elle prend ma tête dans ses deux mains, me donne un baiser au front et m'attire sur ses genoux.

«Tu m'aimes beaucoup?» dit-elle; et, après une courte pause, elle ajoute: «Aime-moi toujours, ne m'oublie jamais. Quand ta mère ne sera plus là, tu ne l'oublieras pas! tu ne l'oublieras pas, Nicolinka?»

Elle m'embrasse encore plus tendrement.

Je m'écrie:

«Ne parle pas comme cela, ma chère petite mère!» Je sanglote, je baise ses genoux, et des larmes coulent à flots de mes yeux, des larmes d'amour et d'extase.

Puis je monte pour me coucher, et, une fois dans ma petite robe de chambre ouatée, je prie pour papa et pour maman. Quel sentiment ineffable remplit mon cœur! Je répète après maman les prières que mes lèvres d'enfant balbutient pour la première fois, et mon amour pour elle et pour Dieu s'unissent dans un même élan.

Après la prière, je me blottis sous la couverture, et mon âme est légère, pure et consolée. Un rêve efface l'autre, et quels rêves! Ils sont insaisissables, mais remplis d'amour pur et du sentiment d'un bonheur rayonnant.

Tout à coup je pense à Karl Ivanovitch et à son malheureux sort; c'est le seul homme que je sache malheureux, et je suis rempli de compassion pour lui. Mes larmes coulent, et je prie Dieu de lui donner le bonheur, et de permettre que j'allège son affliction; je sens que je suis prêt à tout sacrifier pour lui.

Alors je blottis sous un coin de mon oreiller de plumes mon jouet favori, le lièvre et le chien de porcelaine, et je pense comme ils se trouveront bien là, et comme ils auront chaud cette nuit. Puis je prie encore une fois pour tout le monde, je demande à Dieu qu'il fasse beau temps pour la partie de plaisir du lendemain; puis je me retourne de l'autre côté. Les pensées et les rêves s'embrouillent; je m'endors tranquillement, paisiblement, mais avec un visage encore humide de larmes.

Reviendra-t-elle cette insouciance du premier âge? retrouverons-nous ce besoin d'aimer et cette foi ardente que nous possédions dans l'enfance?

Quel temps pourrions-nous préférer à celui-là, où les deux plus douces vertus la gaieté innocente et le besoin d'une affection sans bornes sont les seuls mobiles de notre vie?

Où sont ces prières brûlantes? où est ce don plus précieux, les larmes si pures de l'attendrissement? L'ange gardien descend, il sèche avec un sourire ces larmes et envoie de doux rêves à l'imagination enfantine dont rien n'a encore altéré la pureté.

La vie a-t-elle laissé dans mon cœur des traces si profondes, que ces larmes et ces extases se soient retirées de moi pour toujours? N'en aurais-je gardé que le souvenir?

Environ un mois après notre arrivée à Moscou, un matin, j'étais assis devant une table, et j'écrivais dans la salle d'étude, au haut de la maison de grand'mère; en face de moi, notre maître de dessin mettait les dernières touches à une tête de Turc en turban, dessinée au crayon noir.

Mon frère, debout derrière lui, le cou tendu, regardait par-dessus l'épaule de son professeur. C'était le premier dessin à la mine de plomb de Volodia, et il devait le présenter le soir même à grand'mère pour célébrer sa fête.

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